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Ukraine: près du front, l'industrie sidérurgique lutte pour survivre

Vêtu d’un manteau de protection contre la chaleur, avec capuche et visière, Serguiï plonge son regard dans un flux orange incandescent de métal liquide, dans l’aciérie de Zaporizhstal, à Zaporijjia, dans le sud de l’Ukraine.

L’ouvrier du haut fourneau vérifie la coulée de fonte brute en fusion à une température d’environ 1.400 degrés, pour y déceler d’éventuelles impuretés. Un travail mené à seulement 40 kilomètres des combats.

Depuis l’invasion russe, l’industrie métallurgique ukrainienne, située principalement dans des régions près de la ligne de front, a perdu des usines, du personnel, des fournisseurs et l’accès à des centres d’exportation vitaux.

Selon les estimations de la Banque mondiale, au cours de la première année de conflit, l’économie ukrainienne a subi des dégâts et pertes de l’ordre de 411 milliards de dollars.

Zaporizhstal appartient au groupe sidérurgique et minier Metinvest, contrôlé par Rinat Akhmetov, l’homme le plus riche d’Ukraine.

« Nous avons une tâche fondamentale : sauver l’entreprise, sauver nos actifs, survivre », déclare à l’AFP Oleksandre Myronenko, chef d’exploitation de Metinvest.

Oleksandre Myronenko, chef d’exploitation de Metinvest, lors d’une interview avec l’AFP à l’aciérie de Zaporizhstal, le 21 septembre 2023 à Zaporijjia, dans le sud de l’Ukraine (AFP – Andrii KALCHENKO)

Les aciéries telles que Zaporizhstal sont essentielles à l’économie ukrainienne, et le maintien de la production – même à des niveaux inférieurs – témoigne de la résilience du secteur.

L’usine de Zaporizhstal est un réseau tentaculaire de tuyaux, de routes, de voies ferrées et d’entrepôts. Dans un bâtiment, un panneau datant de l’ère soviétique annonce les records de production.

Sur un tableau noir, quelqu’un a écrit : « Poutine est un connard ! ».

– Une alternative : aller se battre –

Malgré les combats à proximité, Oleksandre Myronenko affirme que Zaporizhstal produit environ 70% des volumes d’avant-guerre, la majeure partie étant destinés aux États-Unis ou à l’Europe.

Un employé travaille dans l’aciérie de Zaporizhstal, le 21 septembre 2023 à Zaporijjia, dans le sud de l’Ukraine (AFP – Andrii KALCHENKO)

« Je m’attends à ce que nous produisions plus d’acier qu’en 2022 », assure-t-il, bien que les exportations sont entravées par le blocus russe des ports de la mer Noire et le bombardement du port danubien d’Izmaïl.

Le mois dernier, Metinvest a réussi à expédier des cargaisons sur trois navires via la mer Noire, mais selon M. Myronenko, les armateurs ont peur d’envoyer d’autres bateaux.

Comme les ports, l’usine de Zaporijjia est menacée par les frappes de Moscou. Elle dispose d’abris anti-bombes, mais certains travailleurs ne peuvent pas quitter leur poste.

« C’est effrayant, mais que peut-on faire ? Il faut nourrir sa famille », explique Serguiï, 30 ans, en faisant jaillir des cascades d’étincelles lorsqu’il teste le métal en fusion.

Des employés en équipements de protection travaillent à l’aciérie ArcelorMittal, à Kryvyi Rig, le 15 septembre 2023 dans le sud de l’Ukraine (AFP/Archives – Roman PILIPEY)

« Il n’y a qu’une seule alternative : aller se battre », lâche-t-il.

Environ huit mille employés de Metinvest ont été mobilisés ou se sont portés volontaires pour combattre, tandis que dans la plus grande usine sidérurgique d’Ukraine, celle d’ArcelorMittal à Kryvyï Rig, ils sont 2.600 à être partis au front, avec plus d’une centaine tués.

– « Ensemble vers la victoire » –

Zaporizhstal a vu partir environ un tiers de ses 10.500 employés depuis l’invasion. En raison des réductions de production, certains employés ont été contraints de prendre des congés forcés, tandis que d’autres se battent ou ont déménagé.

L’aciérie de Zaporizhstal, le 10 mai 2022 à Zaporijjia, dans le sud de l’Ukraine (AFP/Archives – Dimitar DILKOFF)

Un panneau d’affichage à l’entrée de l’usine indique : « Ensemble vers la victoire ».

L’usine a arrêté ses fours après l’invasion russe et a suspendu ses équipements refroidis à l’eau cet été après la rupture du barrage hydroélectrique de Kakhovka.

« La guerre dicte ses propres conditions », constate Vladislav Tiourine, contremaître de 39 ans.

Sur les 350 personnes de son atelier, 65 sont parties au combat et quatre ont été tuées.

Un employé et trois personnes ont été blessés en décembre dernier quand des missiles russes ont touché le territoire de l’usine.

Quand les sirènes d’alerte aérienne se mêlent au grondement des machines, « nous avons peur », avoue-t-il.

Vitaly, un autre contremaître de 33 ans, raconte qu’une semaine auparavant, les forces russes ont bombardé la région avec des roquettes et des drones.

« Nous sommes restés assis jusqu’à 9 heures du matin dans un abri anti-atomique. Les drones volaient et les roquettes aussi », dit-il.

Un employé à l’aciérie ArcelorMittal, à Kryvyi Rig, le 15 septembre 2023 dans le sud de l’Ukraine (AFP/Archives – Roman PILIPEY)

ArcelorMittal a déclaré dans un communiqué avoir mis en place des « schémas logistiques alternatifs » pour l’usine, dans des « conditions extrêmement difficiles ».

L’entreprise exportait 85% de ses produits finis principalement vers le Moyen-Orient et l’Afrique. Désormais la majeure partie est destinée à l’Europe.

S’il admet une production « négligeable » comparée à celle d’avant-guerre, M. Tiourine assure que l’acier de l’usine sera nécessaire à la reconstruction de l’Ukraine après le conflit.

Les Russes « ont détruit une partie du pays. Pour la restauration et la construction, nous aurons besoin de produits métalliques », dit-il.

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