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Près de Bordeaux, le pari du recyclage des panneaux solaires

De vieux panneaux solaires transformés en… flacons de parfum ou semi-conducteurs. Près de Bordeaux, une usine « vitrine » laisse entrevoir un avenir prometteur à la naissante filière de recyclage de l’industrie photovoltaïque.

À l’abri sous un petit hangar en tôles ondulées, à Saint-Loubès, un prototype « unique au monde », conçu au Japon, découpe toutes les deux minutes un panneau usagé.

Avec ses lames chauffées à 300°C, ce « délamineur » long d’une vingtaine de mètres sépare –comme « les couches d’un millefeuille »– le cadre en aluminium, la plaque de verre, puis la très fine cellule photovoltaïque. En sortie de chaîne, une employée gratte au racloir le rectangle de verre obtenu pour en ôter les dernières impuretés.

Les plaques ainsi nettoyées sont réutilisées par « un grand verrier français » pour le transformer en verre plat sous forme de vitres, de vérandas ou même de flacons de parfum, détaille Frédéric Seguin, gérant de ce site fondé l’an passé –quand la méthode habituelle du « broyage » envoyait les morceaux de verre directement en « sous-couche routière ».

« Le verre, c’est 70% du panneau solaire et ce qui m’intéresse en premier, c’est l’impact sur la planète », explique, fier de son « taux de recyclage à 95% », ce directeur de l’antenne locale d’Envie 2E, un réseau d’entreprises d’insertion spécialiste du traitement des déchets électroménagers.

– Métaux critiques –

Car avec l’objectif français de multiplier par dix les capacités de production d’énergie solaire d’ici 2050, les déchets des panneaux photovoltaïques, d’une durée de vie de 20 à 30 ans, vont se multiplier.

Selon Nicolas Defrenne, directeur de Soren, l’éco-organisme chargé du recyclage de la filière, la quantité de déchets à traiter devrait passer de 3.800 tonnes en 2022 à « 300.000 tonnes dès 2030 » avec, à terme, près d’une dizaine de centres de retraitement contre trois actuellement.

Pour lui, l’intérêt du procédé de cette usine « vitrine » reste la possibilité de récupérer, « avec beaucoup de pureté », les « métaux critiques » à « haute valeur ajoutée » (argent, cuivre et silicium) incrustés dans les circuits.

Coupés en fines lamelles, les rouleaux de cellules photovoltaïques obtenus sont envoyés chez RosiSolar, une start-up grenobloise, qui sépare ces métaux précieux les uns des autres via un traitement thermique et chimique.

Les métaux collectés, réutilisables dans l’industrie automobile électrique ou la production de semi-conducteurs, serviront à « la création de filières de production souveraines en Europe », parie-t-on chez RosiSolar.

« L’argent, c’est 0,08% d’un panneau solaire mais 20% de sa valeur », explique M. Defrenne, qui voit dans le recyclage un outil « indispensable » pour « garantir l’approvisionnement » en ressources et « réussir la transition énergétique ».

Selon l’Agence internationale de l’énergie, la réutilisation pourrait, à terme, représenter plus de 60% de l’argent présent dans les panneaux solaires, alors que les réserves mondiales des mines d’argent sont insuffisantes pour couvrir l’ensemble des besoins de l’industrie photovoltaïque.

– Réemploi –

Le marché du recyclage des panneaux solaires pourrait peser près de 80 milliards de dollars en 2050, d’après une étude du cabinet Rystad Energy.

Mais dans une industrie qui a tendance « à jeter » les anciens panneaux, devenus moins rentables avec les progrès technologiques, il faut d’abord « s’habituer à allonger leur durée de vie », considère Christophe Joussot-Dubien, responsable économie circulaire des énergies bas carbone au CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives »).

En Gironde, le site d’Envie 2 E propose aussi la revente, après une batterie de tests, de panneaux d’occasion. Mais cette première à l’échelle industrielle est temporairement gelée, le temps de structurer la filière pour convaincre, en aval, installateurs et assureurs.

À Saint-Loubès, la mairie qui a lancé plusieurs chantiers de rénovation durable et d’économie d’énergie, a échoué à faire installer des panneaux d’occasion de l’usine par des professionnels du bâtiment, pour un problème de « conformité technique », regrette l’édile Emmanuelle Favre.

La réutilisation est « une culture récente pour tout le monde » et « spontanément, on vous amènera toujours du neuf… », déplore l’élue devant les panneaux, fraîchement importés, qui ont été installés sur le préau d’une école de la commune.

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