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Les constructeurs automobiles américains risquent de s'embourber après un été syndical surchauffé

Les grands constructeurs automobiles américains ferraillent contre le bouillant nouveau président du puissant syndicat UAW pour élaborer leurs futures conventions collectives, avec en arrière-plan le risque d’une grève automnale.

Shawn Fain, président du syndicat United Auto Workers depuis cinq mois seulement, a préparé le terrain pour un éventuel mouvement social en cas d’absence d’accord à l’échéance du 14 septembre.

L’UAW a annoncé vendredi le résultat d’une consultation de ses 150.000 membres, préalable à tout arrêt de travail: ils ont donné leur feu vert à 97% sur le principe, d’après la moyenne établie entre les trois groupes.

« Nos membres en ont clairement assez de tirer le diable par la queue pendant que l’élite dirigeante et les milliardaires continuent de s’en mettre plein les poches », a commenté M. Fain, cité dans un communiqué.

« Les Trois Grands s’empiffraient pendant que nous nous échinions », a-t-il ajouté, reprenant l’un des surnoms des grands constructeurs de Détroit (General Motors, Ford, Stellantis).

Des experts considèrent plus probable qu’un seul groupe soit concerné. La dernière grève remonte à 2019, chez General Motors.

« Des bénéfices record méritent des contrats record », avait lancé M. Fain lors d’un meeting dimanche dans le Michigan (nord). « Nous les obtiendrons par tous les moyens nécessaires ».

Les syndicats du pays profitent actuellement d’un marché du travail tendu avec un taux de chômage de seulement 3,5% en juillet.

Un double mouvement de grève paralyse Hollywood depuis mai (scénaristes et acteurs). Le transporteur UPS y a échappé de peu, au prix d’une convention collective « historique » selon l’intransigeant syndicat des Teamsters.

Un arrêt de travail chez les trois constructeurs pourrait avoir des conséquences économiques importantes sur leurs sous-traitants et sur les services afférents.

Le président américain Joe Biden garde un oeil sur ces négociations et l’a fait savoir mi-août en plaidant pour un accord « gagnant-gagnant » et « équitable » renforçant les droits des travailleurs pendant la transition vers les véhicules électriques.

– +40% de salaire –

Selon M. Fain, les employés devraient bénéficier d’une hausse de leur rémunération de 40%, comme celle octroyée aux dirigeants. Il réclame aussi le rétablissement de mesures d’adaptation au coût de la vie, une retraite garantie pour tous les employés et la suppression de grilles salariales multiples.

Il a défendu dimanche son appel pour un travail hebdomadaire de 32 heures, critiquant le fait que les dirigeants aient travaillé à domicile pendant la pandémie tandis qu' »on attendait de nos membres qu’ils risquent leur vie et certains ont fait le sacrifice de leur vie ».

La pandémie « a généré le sentiment chez les travailleurs américains qu’ils n’ont plus à tolérer de mauvaises conditions de travail », a estimé Michelle Kaminski, professeure à l’université d’Etat du Michigan, spécialisée dans les relations sociales en entreprise.

« Ce sont les circonstances les plus favorables pour les syndicats depuis plusieurs décennies », a-t-elle ajouté.

Shawn Fain travaillait comme électricien dans une usine de Stellantis dans l’Indiana lorsqu’il a remporté d’une courte tête la première élection présidentielle directe de l’UAW.

– Réformateur combattif –

Pendant sa campagne, le syndicaliste s’est présenté comme un réformateur et a critiqué son prédécesseur comme étant trop proche des dirigeants. Une fois élu, il a conservé cette posture combative, refusant notamment de serrer la main des patrons au début des négociations.

Il y a quelques semaines, il a jeté à la poubelle la dernière proposition de Stellantis, qui a qualifié ce geste de « théâtral et d’insulte personnelle ».

« Accorder toutes les requêtes de M. Fain pourrait menacer notre capacité à l’avenir à prendre des décisions assurant la sécurité de l’emploi pour notre personnel », a indiqué Stellantis dans une lettre aux employés, plaidant pour un accord « basé sur le réalisme économique ».

General Motors a indiqué « travailler dur chaque jour avec l’UAW pour assurer que nous parvenions à un accord correct pour toutes les parties ». Et Ford a dit « avoir hâte de collaborer avec l’UAW vers des solutions créatives (…) au moment où notre industrie en profonde transformation a besoin plus que jamais d’une main d’oeuvre qualifiée et compétitive ».

Shawn Fain s’est inspiré de Sean O’Brien, patron des Teamsters, en faisant des points publics réguliers sur les négociations et en organisant des « répétitions de piquets de grève ».

« A coup sûr, il va délivrer une convention favorable », a renchéri Harry Katz, professeur à l’Ecole des relations industrielles et du travail de l’Université Cornell.

Selon lui, le risque de grève est assez présent.

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