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Arm se lance en Bourse à New York, un pari sur un marché encore convalescent

Le concepteur britannique de puces électroniques Arm s’apprête à faire ses débuts jeudi à la Bourse de New York, la plus grosse introduction depuis près de deux ans, un pari à environ 50 milliards de dollars pour son principal actionnaire, SoftBank Group, sur un marché sans certitude.

L’opération a été initiée par cette société d’investissement japonaise, décidée à faire coter Arm, référence du design de microprocesseurs, dont les modèles sont intégrés à 99% des smartphones dans le monde.

En cédant, sur le marché, environ 10% du capital du fleuron technologique de Cambridge (Angleterre), SoftBank espère récupérer entre 4,5 et 5,2 milliards de dollars, pour une valorisation comprise entre 48 et 52 milliards de dollars.

C’est sensiblement plus que les 32 milliards déboursés par le Japonais pour prendre le contrôle d’Arm en juillet 2016, mais moins que les 60 à 70 milliards de dollars que visait SoftBank il y a encore quelques semaines, selon plusieurs médias.

L’enjeu est considérable pour la société dirigée et fondée par Masayoshi Son, dont le bilan est plus que mitigé en matière d’investissements technologiques ces dernières années.

SoftBank a notamment subi des pertes colossales sur ses participations dans le roi déchu des bureaux partagés WeWork ainsi qu’au capital du géant chinois du commerce en ligne Alibaba.

– « Traversée du désert » –

« Personne ne conteste qu’il s’agit d’une société de qualité, (…) avec des bénéfices substantiels et une activité tout à fait viable. Mais les interrogations concernent son potentiel de croissance », avance, au sujet d’Arm, Jay Ritter, professeur spécialisé dans les introductions en Bourse à l’université de Floride.

« Cette valorisation à 50 milliards de dollars ne semble pas déchaîner l’enthousiasme chez les investisseurs institutionnels », selon lui.

Certains relèvent qu’Arm conçoit des microprocesseurs, ou CPU, alors que la révolution de l’intelligence artificielle (IA) générative s’appuie sur des GPU, des cartes graphiques, plus puissantes.

C’est aussi un test grandeur nature pour les marchés de capitaux, qui n’ont plus connu d’introduction similaire depuis le tour de piste du constructeur américain de véhicules électriques Rivian, valorisé 77 milliards de dollars en novembre 2021.

« Dire que c’est très attendu serait un euphémisme », explique Mark Roberts, associé-gérant du cabinet de conseil Blueshirt Capital Advisors. « On sort d’une traversée du désert comme je n’en avais encore jamais vu de ma carrière, en particulier pour les valeurs technologiques. »

Durant les 18 mois allant de début 2022 à juin 2023, environ 18,7 milliards de dollars ont été levés en Bourse aux Etats-Unis, contre 155,8 milliards sur la seule année 2021, selon le cabinet EY.

Il faut remonter à 1990 pour trouver des chiffres inférieurs à ceux du millésime 2022.

– « Il en faut d’autres » –

Mark Roberts souligne le nombre de banques participant à cette mise au monde, pas moins de 27. « Une bonne partie de la place de Wall Street fait tout pour que cela passe correctement », dit-il, d’autant qu’Arm a misé sur Wall Street plutôt que sur Londres.

Autre précaution, SoftBank a réuni un groupe de clients de prestige, d’Apple à Nvidia, prêts à investir 735 millions de dollars au capital d’Arm.

« Si la transaction se passe bien, ce sera un bon signe avant-coureur d’une tendance qui s’affirmera en 2024 », anticipe Mark Roberts.

« Je ne suis pas sûr que cette introduction va vraiment nous en dire beaucoup » sur l’état du marché, tempère Avery Spear, analyste au sein du cabinet spécialisé Renaissance Capital.

« Il nous en faut d’autres », dit-elle, « comme Instacart ou Klaviyo, pour nous donner davantage d’informations sur l’appétit que suscitent la majorité des sociétés qui veulent se faire coter. »

Instacart (par sa maison mère Maplebear), plateforme de livraisons de courses, et Klaviyo, spécialiste du marketing en ligne, ont tous deux déposé formellement leur dossier d’introduction fin août, sans communiquer sur une date.

Leurs valorisations sont estimées à 10 et 9,5 milliards de dollars, respectivement.

Ont circulé aussi cette année, les noms de la société de paiements en ligne Stripe, du géant du merchandising sportif Fanatics, ou du gestionnaire de frais professionnels Navan.

L’environnement demeure fragile, d’autant que l’économie américaine est en phase de décélération.

« Les investisseurs restent vigilants, mais on n’est pas au même point que l’an dernier, où tout était défavorable », rappelle Avery Spear, en premier lieu la remontée des taux, dictée par les banques centrales.

De l’avis général, le cycle de resserrement monétaire est sur le point de s’achever, ce qui offre de la visibilité aux opérateurs, qui, selon l’analyste, « ont digéré ».

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